alelierzerma

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J’ai reçu une formation de cinq ans en design à l’ESADE de Saint-Etienne et suis diplomée depuis 2024 d’un diplôme supérieur de recherche en design.

Dans l’école où j’étais la porosité entre art et design est valorisée et dirige ainsi ses étudiant.e.s vers ce que l’on peut appeler du «design d’auteur.ice». Les trois premières années, je ne me suis pas trop posé de questions mais plus j’avançais dans la section design, plus je m’interrogeais sur la pertinence des exercices donnés. Le rôle du.de la designer.euse « solutionniste » qui nous était donné me paraissait être à la fois déconnecté de la réalité et en même temps me donnait l’illusion d’inventer, d’innover une société prospective. J’avais appris qu’un.e designer.euse pouvait tout maîtriser et quelques années plus tard, je réalisais qu’il n’en était rien.
Les questions de conscience environnementale et sociale ne sont pas nouvelles au sein de notre discipline, pour autant, elles, n’ont jamais été solutionnées et c’est pour cela qu’encore aujourd’hui, certain.e.s d’entre nous continuent à déserter la profession à l’instar d’autres domaine comme les étudiant.e.s de Paris Agrotech ayant pris la parole le jour de la remise des diplômes.

DEFORMATION PROFESSIONNELLE

Si l’on observe l’histoire du design, on voit bien que sa fonction n’a pas énormément changé, la question s’est davantage portée sur celleux qui l’exerçait : les designer.euse.s : qui sont-iels ? Quelles compétences ? Le profil type n’a jamais été fixé, iel a été tour à tour artiste/artisan.avec Arts & Craft, artiste/artisan.e/technicien.ne/ingénieur.e pour le Bauhaus puis un scientifique / technicien.ne /ingénieu .e dans la pensée de Tomás Maldonado (empruntée à la pensée construc-tiviste russe). Définir le métier de designe.euse relève donc de la gageure tant son champ d’ap-plication est vaste et les compétences demandées aussi. C’est pourquoi il est légitime de penser que le.a designer.euse pourrait être une figue plurielle pouvant agir dans n’importe quels domaines et/ou activités humaines hors du métier et du rôle auxquels il est destiné à la sortie d’école. Il serait question d’abandonner son rôle solutionniste et de se solutionner lui même !
Ma pratique témoigne donc du parcours d’une designeR confrontée à la réalité du métier sur le marché du travail. Bien loin de ce que ces cinq années d’études m’avaient laissé entrevoir, je ne suis pas en accord avec la profession telle qu’elle existe sous sa forme rémunérable, mais je dois gagner ma vie sans pour autant abandonner ce qui m’anime et m’enrichit. La formation que j’ai reçue a fini par modifier ma façon de penser et de voir le monde. J’estime donc que grâce à une certaine «déformation professionnelle», peu importe l’activité que je mène, mon regard reste celui d’une designer. Ma pratique du design se retrouve donc au travers d’ une succession d’emplois alimentaires, dans lesquels je poursuis mes activités de designer/chercheuse/praticienne.