Le mythe vocationnel autour de l’artiste et du.de la designer.euse nous pousse à travailler gratuitement. L’enjeu est de se débrouiller pour changer de statut, passer de designer à poissonnier et transformer un white cube en commerce de bouche pour pouvoir être payée.
L’espace galerie aux murs et néons blancs se prête parfaitement à un commerce de produits de la mer. Il ne m’a pas fallu grand-chose pour transformer ce lieu d’exposition en un « étalage de poissons frais ». J’ai construit deux fausses banques réfrigérées en carton de récupération ayant servi au montage de la Biennale, des chutes de plexiglas ont servi de vitrines, des caisses en polystyrène remplies de litière pour chat ont fait office de glace pilée et j’ai garni le tout de deux, trois plantes en plastique qui ne paraissaient pas plus fausses que le reste. Pour parachever l’illusion, j’ai ajouté une bâche bleue parce qu’un matin en faisant le marché, j’avais remarqué que la jupe du stand de poissonnerie était faite d’une bâche de ce type et que la couleur bleue était un moyen incontournable de diférencier le stand de poissonnerie des autres. Quant aux poissons, j’ai réalisé cinq séries de poissons et darnes en céramiques qui ont servi de contenant pour vendre le pastis qu’il me restait.
“La semaine on vidait des poissons dans chez la poissonnerie Robert de Saint-Etienne et le week-end on en remplissait d’autres de pastis pour la biennale du design.”